Les mots d’absence…

17 juin 2009

Une esquive…

Publié par motsdabsences dans Non classé

Te surprendre en plein sommeil, tu as travaillé toute la nuit dans le bruit et la chaleur, ils ont besoin de toi à l’usine… L’Alter-égo sera absent cette nuit, il nous donnera les clefs de son nid. Courir sur le quai…Monter dans le taxi que tu as commandé pour moi, [Elle est partie avec la voiture],  demi-mots que le chauffeur devine, j’observe ton profil épuisé. Tu repars avec le taxi, quelques minutes seulement pour aller chercher ton destrier…

Quelques heures avant la nuit, tu me dis des choses drôles et belles, tu es comme un enfant que je berce…

Il te faut repartir, tu reviendras avant le petit jour, pour aller à la pêche… c’est en tout cas l’alibi du jour, pour m’offrir une demi-nuit, morceau de Lune vite échappé du ciel, il fait jour déjà et nous sommes un seul.

9 juin 2009

Une fête…

Publié par motsdabsences dans Non classé

Un dimanche à la campagne. Je te présente des amis de longue date, accueillants et rieurs, grande tablée joyeuse, on fête les enfants du couple… le vin et le soleil coulent à flots, tu plaisantes la fille au pair venue de l’Est, grasse et fraîche, tu as l’air heureux… à l’aise avec chacun, j’apprécie…

Et puis tu me chuchottes des choses un peu graves, tu parles de l’alter-égo, tu t’interroges sur ce que nous sommes l’un pour l’autre, tu dis que s’abstenir de certaines choses ne dispense pas d’y penser… Je te rassure, te console un peu, et me fais en silence le serment de ne plus dormir avec lui…

Plus tard nous rêvons à l’océan des possibles, seul le vent nous écoute…

Et puis encore des choses graves, les doutes qui nous taraudent -- Pourquoi suis-je restée, je prétends le savoir, mais… last but not least, past is past et je n’y suis pour rien dans cette affaire, tout comme toi dans d’autres temps et d’autres lieux… il est bien trop tard pour réparer l’irréversible…

Nous rentrons chez nos hôtes, pillant sur le chemin un cerisier sauvage, comme des enfants que nous sommes… tu dis : nous irons à la montagne…

 

 

9 juin 2009

Publié par motsdabsences dans Non classé

Tu lui diras que c’est ma faute, tu lui diras que c’est la première fois… tu lui diras que cela a commencé depuis la mousson, c’est peu et c’est beaucoup… tu lui diras que dans la vie il y a des choses imprévisibles, tu lui diras que tu ne veux pas la quitter, que tu l’aimes encore -- si c’est un peu vrai -, mais que les Lions sont nés pour vivre en liberté… Elle comprendra.

Tu lui diras que pour moi tu as coupé des lignes blanches, tu lui diras que je suis comme toi… tu ne lui diras pas toi et moi seuls dans la nuit, l’un contre l’autre, plus vite que le vent, sur ton étoile filante…

Tu lui diras que ce n’est facile pour personne… tu lui diras que nous sommes plus vivants que jamais, que nous connaissons le prix de la libertad… tu lui diras que la critique est aisée mais l’art si difficile, tu lui diras que j’oterai un à un les coups de poignard qu’elle t’a mis dans le coeur…

Tu lui diras que 20 ans ça ne veut pas dire perpète, que le bonheur se multiplie en se partageant,  tu lui diras que c’est bien fait pour elle, que dans les corridas, ce n’est pas toujours le taureau qui meurt…

15 mai 2009

Publié par motsdabsences dans Non classé

Mon alter-égo a tenu parole, il t’a retrouvé… Les grands esprits se rencontrent, vous étiez en train de boire le thé, au petit matin, lorsque j’ai tenté une dernière fois de te joindre…ta ligne miraculeusement rétablie, un « la », un seul, j’ai raccroché, le coeur chaviré… J’ai appuyé sur la touche « Alter-égo », sa voix comme un murmure « Je te rappelle ».

Tu n’étais pas parti « au bout du monde » avec Elle comme on nous l’avait dit… C’était tout autre chose…

Je suis venue sous la pluie, toujours plus vite… Sourire ébloui, baiser volé, vite, se réfugier l’un dans l’autre, emmêler nos mains, tu expliques… fermer les yeux, balayer les doutes, oublier la peur, Je t’engueule un peu, je ne te dirai pas mes larmes… Alter-égo les a vues, lui, et il t’a mis en garde…

Il va s’envoler pour un « bout du monde » à la fin de la semaine… veut « trouver un arrangement » avec moi et « négocier » avec toi les clefs de son appartement… la boucle est bouclée dans un éclat de rire, tu es là, tangible sous mes doigts…

Baisers volés encore sur ce quai que j’ai tant arpenté dans mon enfance, dans le fracas métallique du train, la pluie, la foule au ralenti, tu ris :   »Tu as vu, je te le fais comme au cinéma… » Je cours un peu parce que je ne veux pas lâcher ta main, pas encore…

Je tente de m’endormir, juste une heure… le contrôleur fait un petit trou dans mon billet non composté, il me dit : « Je vous connais, non ? je vous ai déjà vue sur ma ligne… »

 

7 mai 2009

Nous et les autres…

Publié par motsdabsences dans Non classé

Les autres c’est d’abord mon alter-égo -- je t’ai raconté comment notre famille s’est appliquée depuis toujours à se déchirer lentement, mais sûrement…-  On m’a enlevée de la maison de sa mère -- qui m’a élevée et soignée comme sa propre enfant -- alors qu’il était encore bébé, je l’ai retrouvé seize longues années plus tard. Un homme, un grand, un vrai. Tu sais bien comme il me comprend sans que j’aie besoin de lui parler… Tu sais bien comme j’aime dormir tout près de lui… Mais tu ignores nos connivences, ce que je lui dis de toi, depuis le premier jour… Ton ami, mon frère, (plus exactement le cousin germain de ma mère…)

C’ est aussi l’Autre, le mien, celui à qui j’ai donné mes plus belles années, celui que les enfants du quartier appelent encore « mon mari », dans leur tendre naïveté… celui qui est aux antipodes de toi, celui qui ne supporte pas que je ne sois plus son ombre, qui se suicide chaque jour un peu plus… celui que j’ai failli dessouder une nuit de désespoir, pour l’avoir trouvé -- une fois de plus, une fois de trop -- comme un foetus ivre mort, dormant nu dans son alcool et sa gerbe, sur le sol glacé de la salle de bain…

Le père de mon enfant.

Et puis il y a encore l’Autre, la tienne, un visage ordinaire penché sur le côté, sourire sans tendresse pour la photo d’identité, rouge à lèvres pourpre… aperçue en secret. Pas si jolie que je le pensais… Tu dis « c’est la première fois que… » et je te crois volontiers. Elle décide de tout, elle dirige, elle gouverne… et ne se satisfait de rien, depuis longtemps… tu dis ne plus l’aimer, je ne crois plus à ceux qui prétendent s’aimer toujours, je crois en ceux qui s’aiment pour de vrai, pour la Vie, pour la joie d’être ensemble, sans condition…

Tu dis « c’est compliqué… », je réponds qu’on peut toujours « trouver un arrangement »… et cela te fait sourire d’une façon inimitable… Il n’y a pas d’enfants dans votre histoire, si tel avait été le cas, je ne t’aurais jamais approché… Je n’ai pas moi non plus l’habitude de tromper une ombre, je croyais ne pas savoir faire cela…

Les autres, c’est aussi la caissière de l’autoroute qui nous sourit, pleine de bienveillance, et en oublie d’ouvrir la barrière… c’est le réceptionniste du plus bel hôtel de la ville qui m’appelle « Mademoiselle »… c’est le taxi qui nous dit « Allez les amoureux… », c’est la petite fille du dimanche qui ouvre grand les yeux : « Elle t’envie un peu, je crois… », c’est Vive, mon amie complice au téléphone des heures durant, c’est tous ceux que nous n’avons pas encore rencontrés…

6 mai 2009

Mercredi 6 Mai 2009

Publié par motsdabsences dans Non classé

Je suis arrivée par le train du matin, climatisation à fond et ron-ron aseptisé… un voisin qui ne répond pas à mon « bonjour », le paysage trop vert qui défile, je déteste ces platanes qui serpentent de loin en loin en suivant la voie… ils semblent perpétuellement malades…

Plus loin, le port que tu aimes tant… le village de pêcheurs où l’on attrape les jolies dorades, tu riais de savoir que j’allais jouer du moulinet les soirs d’été, en compagnie de héros de la voltige…

Plus loin toujours, le canal au bord duquel j’ai passé mon enfance, verdâtre et sans surprise, les premiers touristes ont loué des péniches… l’usine dans laquelle tu travailles…

J’ai remonté ta rue. Rien à signaler, le soleil indécent balaie les jolies façades… il n’y a personne dehors… ta voiture n’est pas là. Je redescends par le parc. Suivre la voie ferrée jusque chez mon alter-égo…

Je n’ai pas besoin de parler… Il dit qu’il a essayé de te joindre, sans succès… (il n’est pas seul, je dis à demi-mot ce que je peux…). Il me dit de ne pas m’en faire, qu’il va te retrouver…attendre là, il revient vite…

Il revient seul. Se connecte sur Internet, téléphone ici et là, rusant auprès de tous, tout en gentillesse… une secrétaire, laconique, dit que tu n’es pas « présent sur le site »… quelqu’un que tu connais de longue date prétend que tu as pris un billet d’avion dernière minute… dont il ne connait pas la destination…jusqu’à dimanche…

Ce n’était pas cela qui était prévu… ce n’est pas ce que tu as dit à mon alter-égo, ni à moi…

Un autre encore à qui l’on essaie de faire cracher ton numéro de fixe dit que tu as résilié ta ligne…

Je repars le coeur amer, ayant longuement expliqué toutes mes hypothèses… mon alter-égo sèche mes larmes comme il peut, il dit que sans doute tu as eu besoin de prendre du recul parce que c’est compliqué pour toi… Chère âme, pourvu qu’il ait raison…

Je reviendrai ce week-end, épuisée sans doute, mais peu importe… il a promis d’essayer de m’emmener loin vers le Sud, dans notre coin à nous, dans notre lagon… là où nous irons nous cacher cet été, puisque tu l’as dit…

 

 

 

6 mai 2009

Publié par motsdabsences dans Non classé

Ecrire, un exutoire à l’angoisse qui me tenaille… graver dans la pierre brute ce que je n’ai pas su te dire, ce que je n’ai pas eu le temps de te faire entendre, les prières que j’ai murmurées tout bas depuis que tu as disparu…

Ecrire pour que les mots restent, pour que rien ne s’efface, pour que le présent soit tangible même dans la douleur, puisqu’il ne reste presque rien de ton passage…même les messages que tu avais laissés sur mon répondeur se sont dispersés…

Ecrire pour me dire que je n’ai pas rêvé notre histoire… écrire parce que cela me sauvera sans doute du désespoir, parfois…

Cinq jours que tu as disparu… j’entends encore ton rire au téléphone, tu me dis de ne pas t’attendre pour déjeuner, tu seras en retard…tu m’expliqueras…il faut que tu ailles chercher une voiture à C…, un village près de chez toi. Je te souris à distance dans le miroir de la salle de bains…

On n ‘a pas eu le temps de s’aimer pour toujours, juste un peu assez, un amour minuscule, hors du temps et des conventions, mais fallait pas, on dirait… chut ! pas touche, le bonheur, c’est rare et fragile, mademoiselle… cela se paie à prix d’or, vous savez…

J’ai cherché… les accidentés du week-end, un article qui aurait pu… image terrible d’une moto broyée sur l’A9 [marque méconnaissable, rouge], ce n’était pas toi… les arrestations, et même les rubriques nécrologiques…

J’ai étudié toutes les hypothèses, toutes sont douloureusement plausibles…

Demain à la première heure, je serais chez la seule personne qui puisse m’aider à te retrouver…

Je voudrais que tu saches que je tiendrai la parole que je t’ai donnée… et qu’à défaut de t’aimer pour toujours, je t’aime pour de vrai…