Je suis arrivée par le train du matin, climatisation à fond et ron-ron aseptisé… un voisin qui ne répond pas à mon « bonjour », le paysage trop vert qui défile, je déteste ces platanes qui serpentent de loin en loin en suivant la voie… ils semblent perpétuellement malades…
Plus loin, le port que tu aimes tant… le village de pêcheurs où l’on attrape les jolies dorades, tu riais de savoir que j’allais jouer du moulinet les soirs d’été, en compagnie de héros de la voltige…
Plus loin toujours, le canal au bord duquel j’ai passé mon enfance, verdâtre et sans surprise, les premiers touristes ont loué des péniches… l’usine dans laquelle tu travailles…
J’ai remonté ta rue. Rien à signaler, le soleil indécent balaie les jolies façades… il n’y a personne dehors… ta voiture n’est pas là. Je redescends par le parc. Suivre la voie ferrée jusque chez mon alter-égo…
Je n’ai pas besoin de parler… Il dit qu’il a essayé de te joindre, sans succès… (il n’est pas seul, je dis à demi-mot ce que je peux…). Il me dit de ne pas m’en faire, qu’il va te retrouver…attendre là, il revient vite…
Il revient seul. Se connecte sur Internet, téléphone ici et là, rusant auprès de tous, tout en gentillesse… une secrétaire, laconique, dit que tu n’es pas « présent sur le site »… quelqu’un que tu connais de longue date prétend que tu as pris un billet d’avion dernière minute… dont il ne connait pas la destination…jusqu’à dimanche…
Ce n’était pas cela qui était prévu… ce n’est pas ce que tu as dit à mon alter-égo, ni à moi…
Un autre encore à qui l’on essaie de faire cracher ton numéro de fixe dit que tu as résilié ta ligne…
Je repars le coeur amer, ayant longuement expliqué toutes mes hypothèses… mon alter-égo sèche mes larmes comme il peut, il dit que sans doute tu as eu besoin de prendre du recul parce que c’est compliqué pour toi… Chère âme, pourvu qu’il ait raison…
Je reviendrai ce week-end, épuisée sans doute, mais peu importe… il a promis d’essayer de m’emmener loin vers le Sud, dans notre coin à nous, dans notre lagon… là où nous irons nous cacher cet été, puisque tu l’as dit…